ASA en interview exclusive sur C9 Radio !

ASA en interview exclusive pour C9 Radio

ASA - « En France, je me sens comme chez moi »


Actuellement en tournée pour son deuxième album « Beautiful Imperfection », la lauréate du prix Constantin en 2008 nous a accordé un entretien. Elle est revenue sur son parcours, ses expériences personnelles, sa rencontre avec Yannick Noah... D'une bonne humeur communicative, Asa s'est même parfois amusée à répondre en français. Un petit détail qui en dit long sur sa personnalité accueillante. On en redemande.

Asa, à quel âge avez-vous commencé à chanter puis à composer vos premières chansons ?
J'ai dû commencer à chanter aux alentours de 5 ans, dans mes souvenirs lointains, c'est au tour de cet âge-là. Mais mes parents me disent que je chantais déjà avant. Et j'ai commencé à composer vers 19 ans. Avant ça, je chantais, j'improvisais... Et quand mon frère m'a offert un dictaphone – à l'époque, c'était ceux qui avaient une cassette – j'ai commencé à m'enregistrer et à m'écouter. C'est à partir de là que j'ai vraiment commencé à composer mes propres chansons.

Sur scène, vous avez souvent une guitare, est-ce qu'il y a d'autres instruments que vous maitrisez ou que vous aimeriez bien jouer sur scène ?
J'aimerais bien jouer de la basse sur scène (sourire). J'aimerais vraiment ça. C'est un super instrument pour une femme. C'est vous qui imposez le rythme, le « groove », avec le batteur. Je joue aussi du piano mais seulement à la maison quand je compose, pas sur scène. Peut-être dans le futur. Mais vous savez, j'aime courir d'un bout à l'autre de la scène, de sauter... Avec un piano ça serait difficile (rires). Et puis je joue un peu de la trompette aussi !

Quelles sont vos influences musicales ?
Ella Fitzerald, Billie Holiday, Nina Simone, Bob Marley, Fela Kuti... ont été les premiers à m'inspirer. Il y a aussi toute la culture Afrobeat, c'est une musique nigériane très engagée, qui dénonce le contexte politique et social dans lequel vit la population au Nigeria. Angélique Kidjo fait aussi partie de mes influences, notamment ma façon d'écrire. C'est une femme africaine qui a connu le succès en dehors du continent africain, elle a fait de belles choses avec sa musique tout en n'oubliant pas ses racines. J'aimerais suivre cette voie.

Vos chansons sont écrites en anglais et Yoruba (ndlr : c'est l'une des trois langues officielles du Nigeria), pourquoi ce choix ? Est-ce juste un plaisir personnel ?
Oui, c'est ça (sourire). C'est venu naturellement. Parfois, je pense en Yoruba. Je prie aussi en Yoruba, c'est même plus simple pour moi, je peux communiquer avec Dieu plus facilement (rires). La religion est d'ailleurs très importante pour moi, c'est un mode de vie. La façon dont nous vivons, nous pensons, c'est comme ça en Afrique. Vous devez toujours avoir les parents et la religion. C'est un peu comme l'école, ce que je veux dire c'est que cela fait partie de l'éducation.

Quand vous pensez à votre parcours du début de votre carrière jusqu'à aujourd'hui, que vous dites-vous ?
Je suis heureuse et reconnaissante. Fière aussi (sourire). Je ne savais pas comment cela allait se passer et je ne m'attendais pas à beaucoup de choses. Parfois, j'ai été surprise. Mais dans l'ensemble, on peut parler d'une bonne surprise. Parfois, vous faites des choses, et les gens adorent. Vous ne savez pas comment l'expliquer mais c'est super !

« L'inspiration vient un peu chaque jour. Des conversations que je peux avoir, de mes expériences et aussi celles des gens autour de moi »

Vous êtes en tournée. Comment cela se passe t-il pour le moment ?
Très très bien (en français). On est en tournée depuis le mois de février, avec des concerts quasiment chaque soir. Au mois d'octobre c'était même tous les jours ! Mais c'est une superbe expérience, j'ai des bons musiciens, je suis en confiance et j'ai de l'espace pour créer, être moi-même. Tout va bien (en français).

Vous avez voyagé un peu partout dans le monde cette année. Espagne, Brésil, Australie, Japon... Quel concert vous a-t-il particulièrement marqué ?
(Elle réfléchit) Quand je serai à la maison et que je n'aurai pas à travailler pendant un moment, je pourrais y repenser. Mais là, tout va tellement vite. Chaque jour, la ville où l'on se trouve est la meilleure (rires). Nous vivons sur la route, toujours en train de voyager. J'ai bien aimé le Japon, c'était étonnant et j'ai eu des bonnes sensations, on était tous très contents. C'était une ambiance différente, je n'avais jamais vu ça (sourire). Là-bas, il peut se passer plein de choses en l'espace de deux secondes, c'était une expérience intéressante. Au Brésil, c'était... « Oaria raio » (elle chante Mas que Nada de Sergio Mendes). L'ambiance était plus cool (rires).

Sur la pochette du dernier album « Beautiful Imperfection », le verre des lunettes est cassé, quel est le message ?
C'est l'idée de Jean-Baptiste Mondino, le photographe. C'est pour refléter cette idée de « Beautiful Imperfection ». Au départ, il y avait ma photo mais il a dit « je ne veux pas voir ça, cassez les lunettes». Mais moi je ne voulais pas ! (rires). Et finalement on l'a fait. On avait envisagé de faire une belle photo sans les lunettes, mais il a refusé. Il voulait travailler avec tous les éléments qui font Asa, donc les lunettes.

Dans vos chansons vous parlez de thèmes différents à chaque fois. Comment trouvez-vous l'inspiration ?
L'inspiration vient un peu chaque jour. Des conversations que je peux avoir, de mes expériences et aussi celles des gens autour de moi. Mon premier album s'inspirait de mon expérience personnelle. Ce que je voulais être, ce que je voulais faire, et quelle direction je voulais donner à ma vie. Maintenant, je trouve mon inspiration différemment. Je voyage beaucoup et je vois pleins de choses.

L'inspiration vient-elle plus facilement lorsqu'on voyage ?
En fait, ça ne m'inspire pas tant que ça. Je voyage pour mon travail, et c'est vraiment différent que de voyager pour des vacances. Par exemple, je vais au Brésil mais je ne vois pas le Christ Rédempteur (rires). Je n'ai pas le temps. Mais après, lorsqu'on se retrouve au calme, on peut réfléchir et penser à tout ce que l'on a vu aux quatre coins du monde, puis l'intégrer dans ta musique et dans ton style.

« En tant que personne publique, c'est mon devoir de contribuer à informer les gens »

Est-ce qu'il y a des thèmes particuliers qui vous inspirent plus que d'autres ?
Chaque jour, je suis inspirée par les gens autour de moi, ce qui se passe dans nos vies. Par les relations des personnes entre elles... J'aime bien raconter l'histoire de cette fille ou de ce garçon, à laquelle chacun peut s'identifier.

La situation de l'Afrique et du Nigeria vous touche particulièrement. Est-ce que la musique est un moyen pour changer les choses ?
La musique est un facteur contributif. Collectivement, on peut changer les choses. En ce qui me concerne, je regarde la situation d'un point de vue extérieur mais aussi intérieur, et je sais que je dois être sage par rapport à tout ça. Il y a tellement de facteurs qui peuvent contribuer à changer le monde. En tant qu'Africaine, je suis naturellement concernée par l'Afrique et son peuple, et par la façon dont nous pouvons progresser. C'est mon devoir en tant que personnalité publique de contribuer, par ma musique, à établir des dialogues, et informer les gens. L'information, c'est très important (en français).

Dans plusieurs de vos chansons comme « Fire in the moutain », il y a des paroles engagées. Dans vos prochaines chansons, continuerez- vous dans cette voie, avec cette volonté « d'informer » ?
Déjà, je continue toujours à la chanter (sourire). Mais c'est vrai que je vais persévérer dans ce sens, je pense que j'ai trouvé ma « zone ». En tant que musicienne, je crois avoir fait le choix des sujets que j'aborde dans mes chansons. Donc oui, je vais continuer dans cette voie de réflexion, de parler de ce qu'il se passe, et évoquer comment on peut trouver des solutions.

Votre famille a vécu à Paris et vous êtes née ici, votre label est français. Votre parcours est finalement très lié à la France...
C'est vrai, vous avez tout dit (rires). Je pense que c'est le destin. Certaines personnes me demandent pourquoi je suis venue en France, mais je ne suis jamais venue volontairement en France. Je n'y avais jamais pensé. C'est un peu comme les choses qui me sont arrivées tout au long de ma carrière : des surprises. Je pense que certaines choses qui nous arrivent sont prédestinées : « Asa tu es née ici et tu y retourneras toujours ». Je pensais que j'irais vers des pays anglophones. Mais « boum », je me suis retrouvée en France, en ne parlant pas un mot de français (rires). La première fois que je suis venue ici, c'était pour un cours. En même temps, j'étais avec un groupe français que j'ai connu à Lagos. Après, il y a eu des collaborations, j'ai rencontrés des personnes, et voilà, je suis là (en français).

Que pensez-vous du public français ?
Je pense que c'est un public averti d'un point de vue musical. Sinon, c'est un peu comme lorsque je rentre chez moi à Lagos. Je sens que c'est mon public, je me sens comme à la maison. Je prends du plaisir et je peux jouer avec le public français. Lorsque je vais au Brésil par exemple, c'est différent car je ne sais pas à quoi m'attendre, ou même au Japon, est-ce qu'ils vont être avec des kimonos ? (rires). Ce que je veux dire, c'est que lorsque je chante en France, je me sens détendue.

Vous avez fait un duo avec Yannick Noah, comment s'est passée la rencontre et qui a eu l'idée ?
En fait, j'ai reçu un appel pour faire un duo avec Yannick, et j'étais très excitée. Je ne savais pas comment ça allait se passer. Je me suis rendue au studio, je l'ai rencontré, il a été très sympa, et au final cela a donné un bon résultat. Pour moi, c'était différent de ce que je fais habituellement, c'était quelque chose de nouveau pour moi et j'ai été heureuse d'essayer cela. Je voulais voir comment était la façon de travailler sur un projet comme celui-là. C'était de bons moments, Yannick est un chic type.

« Je suis plus connue en France depuis mon duo avec Yannick Noah »

Vous avez aussi fait ce duo en live lors de son concert au Stade de France...
(Elle mime quelque chose d'énorme). C'était très fort. C'est la plus grande scène que j'ai faite, il y avait beaucoup de monde, 85 000 personnes je crois...

Avez-vous l'impression d'être plus connue en France depuis ce duo ?
Je pense que oui. Beaucoup de fans de Yannick Noah d'ailleurs. Par exemple, les douaniers, les vendeurs... Dans les aéroports, il m'arrive que les douaniers m'interceptent en me disant : « Hey madame, vous chantez avec Yannick ? Allez-y, pas de problème... » Et là je me dis « wouah ! » Yannick est très populaire, et grâce à lui je voyage plus facilement (sourire).

Parmi tous vos titres, avez-vous une chanson favorite ?
(Elle réfléchit). De mon premier album, j'aime le titre « Eye Adaba ». Je crois que c'est celui qui me ressemble le plus. Il n'y a pas beaucoup d'instruments, il n'y a quasiment que ma voix. Quand j'ai débuté, c'était une de mes premières chansons. Lorsque je l'écoute, j'ai toujours des bonnes sensations. Sur le deuxième album, j'aime « Preacher Man ». Elle raconte une histoire personnelle, c'est ce que je ressentais au moment où j'ai écrit cette chanson. Ça me rappelle les choses que je ne dois pas oublier et ça me permet d'aller de l'avant. Parfois la vie va très vite, on voyage beaucoup... Ecouter cette chanson me permet de revenir à la réalité et de me détendre.

© Propos recueillis par Cédric Ferreira pour C9 Radio (Avec la collaboration d’Audrey Ferreira et Vinca Daadoun)
Crédits photos : D Rimbault 2011